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PEURS et THÉRAPİE

PEURS et THÉRAPİE
 
 
 
Chez le PATİENT
 
Nombres de personnes ont peur d’entrer en thérapie. Sans être exhaustif tentons une description des principaux freins rencontrés chez celles et ceux pouvant avoir besoin d’aide et demandons-nous s’il est possible et souhaitable de tenter de les atténuer.
 
 
Je ne suis pas malade.
Dans nos sociétés, le moindre signe de faiblesse est synonyme de danger. Il faut se montrer fort, en imposer, être un battant. Ces pensées valorisées socialement provoquent une inflation des symptômes ; un rhume est toujours un mauvais rhume, une fatigue dorsale une sale sciatique, un coup de blues une incompréhensible dépression. Faiblesses inacceptables ! Ainsi la peur qui oppose le plus de réticences à l’entrée en thérapie est celle de ceux qui s’écrient : Mais je ne suis pas fou. Une confusion largement répandue confond besoin d’aide psychologique et maladie mentale. Pourtant les proches ont tôt fait de conseiller au dépressif, à celui qui traverse un deuil, à celui qui se pose des questions existentielles… d’aller voir un thérapeute. Comme si l’animal empathique que nous sommes avait besoin de se protéger des difficultés de ses semblables en les envoyant consulter un « spécialiste ». Belle façon d’éjecter à l’extérieur de soi le risque d’être affecté par les difficultés de ses proches et preuve évidente que notre superbe s’appuie sur de bien faibles fondations.
Face à un patient potentiel je ne cherche nullement à surmonter l’obstacle du déni. Si la personne pense qu’elle n’a pas besoin de thérapie pourquoi chercher à l’entraîner dans un processus qu’elle ne souhaite pas ? Toutes les études montrent que l’investissement psychique et la réelle volonté de changer jouent pour au moins 50% dans la réussite d’une thérapie. Si nous ne pouvons pas nous appuyer au moins sur la demande consciente d’un patient nous courrons à l’échec. En outre, déontologiquement, nous n’avons pas à décider de ce qui est bon pour telle ou telle personne. Qui sommes-nous pour définir si le refus d’un travail psychologique correspond à une peur ou à une simple absence de désir ?
Ce préalable étant posé, considérons maintenant quelques unes des peurs vécues par nos patients et auxquelles nous sommes confrontés dans notre travail.
 
 
Que vais-je découvrir ? L’idée qui domine à cette réticence est la supposition que ce qui se trouve en nous est sale, mauvais, inavouable. Selon cette vision, l’inconscient serait un ramassis d’éléments refoulés qu’il vaut mieux laissés enfouis plutôt que de les étendre au soleil de la conscience. C’est d’une part un a priori sans fondement d’autre part une erreur tactique.
A priori : en effet pourquoi les aspects inconnus de notre personne ne comprendraient-ils pas également nos potentialités ? L’Ombre, selon Carl Gustav Jung, est bien constituée d’éléments refoulés, déniés ou clivés qui font pendant à nos idéaux, mais également de possibilités non encore développées. Pourquoi ne pas porter un regard tolérant sur nos imperfections et se priver de nouvelles potentialités ?
Erreur stratégique : le mécanisme de défense du refoulement est gros consommateur d’énergie psychique. Quelque chose voudrait se faire jour et une partie importante de nous-mêmes lutte contre cette tentative de libération. Cela ressemble à un gouvernement qui jetterait en prison tous ses opposants pour les faire taire. L’histoire nous a montré que dans ces situations la pression sociale enfle jusqu’à ce qu’un jour ou l’autre, la chape de plomb se soulève et le peuple se révolte. Ces révolutions ne sont jamais douces.
 
 
Maurice, 55 ans, était assailli de soucis professionnels. Très organisé et actif, il avait toujours refusé de prendre du temps pour analyser et comprendre ses fonctionnements. Sportif il possédait une assez bonne conscience de son corps. Mais des changements dans la société qui l’employait le remettaient profondément en cause. Je repérais assez rapidement une organisation obsessionnelle. Il était déstabilisé dans son travail. Je choisis donc de ne surtout pas toucher à ses défenses. Je réservait un temps important au massage durant les premières séances. Mon travail consistait à mettre en place un espace de sécurité.
Après deux mois, de lui-même, lors des massages il se mit à élaborer autours de ses ressentis. Ses éprouvés parlaient de lui et l’éclairaient sur ses fonctionnements. N’ayant pas cherché à faire baisser ses défenses la confiance s’installait entre nous et les défenses d’elles-mêmes devinrent moins nécessaires. Parallèlement ses relations s’assouplissaient dans son travail.
 
Nous pouvons agir sur l’a priori que quelque chose de mauvais risque de sortir de nous, non en tentant d’expliquer et de convaincre qu’il est bon de se libérer des refoulements, mais en créant un climat de confiance et de sécurité. Dans tout travail psychothérapeutique le patient a besoin de sentir une véritable écoute sans jugement et qu’il est considéré comme une personne digne d’intérêts, qu’il est respecté. Nous ne devons surtout pas agir sur les mécanismes de défense. Les mécanismes de défense sont vitaux. Lorsqu’un peuple est agressé doit-on lui enlever les armes qui lui permettent de se défendent ? Non bien sûr. A la place cherchons donc à repérer les mécanismes de défense à l’œuvre chez nos patients afin, d’une part, d’affiner nos diagnostiques et d’autre part pour ne pas toucher à ceux-ci. Les mécanismes tomberont d’eux mêmes lorsqu’ils ne seront plus utiles. Lorsque le patient rencontre avec son thérapeute un climat d’écoute, d’attention, de respect, de considération les défenses baissent en intensité. Si nous arrivons à créer dans l’espace thérapeutique confiance et sécurité nous constatons que d’elles-mêmes les réticences diminuent. Et, comme par mimétisme, un processus semblable se met en œuvre chez le patient. Ses associations deviennent plus libres et spontanées et il se met sur le chemin de l’accord avec lui-même. Sans qu’il n’y ait besoin d’aucune action volontaire, ce qu’il vit dans la relation est transposé dans son propre psychisme.
 
 
Que va voir le thérapeute ?est source d’une autre grande peur. Les patients imaginent que le praticien est un voyant omniscient, doté de capacités extralucides et d’un savoir immense qui lui permettent, de façon quasi magique, de percer les méandres de nos fonctionnements. C’est le « sujet supposé savoir » décrit par Jacques Lacan.
Les incohérences de l’âme humaine mènent bon nombre de personnes dans les cabinets des voyants et les freinent à consulter un thérapeute. Pourtant, s’il est fin psychologue, le voyant dit ce que son client lui a rapporté, tandis que le thérapeute reformule les paroles de son patient. On pourrait penser les deux démarches semblables. En fait elles sont opposées. Le voyant enferme la personne dans un monde déterminé et le thérapeute l’invite à se libérer. Le voyant agit comme s’il possédait le savoir et le thérapeute accepte qu’en dernière analyse le savoir se trouve chez le patient. C’est un des fondements du Maïeutage en Méthode Camilli.
Il est vrai que la liberté, tant revendiquée, peut faire peur. La liberté amène à affirmer ses différences. Celles-ci, selon Jean-Paul Sartre, fait de nous des êtres seuls. Mais l’individuation n’est pas l’individualisation, elle n’exclut pas le monde, elle l’inclut. C. G. Jung.
 
Julie souffrait d’angoisses nocturnes liées à la peur de ne pas satisfaire son époux. Elle ne pouvait faire l’amour que dans le noir. Elle avait une perception et une image de sont corps très dévalorisées. Dès la première séance elle exprima combien il lui était difficile de venir consulter car « vous allez tout voir sur moi ». Je choisis de mêler temps corporels et verbaux. L’un s’appuyant sur l’autre. Ainsi en utilisant la parole pour donner du sens à chacun de ses ressentis, il restait moins de place au fantasme du thérapeute qui allait tout déceler.
Au début des séances elle prétendait ne rien sentir mais petit à petit elle découvrit avoir ses propres sensations. Ses relations conjugales devinrent plus simples. Après l’avoir accepté il lui fallut deux ans pour commencer à aimer son corps. Ce n’est qu’ensuite que ses angoisses disparurent.
 
Aider les patients en les laissant libres est parfois délicat pour le thérapeute Il s’agit de leurs permettre de s’appuyer sur l’illusion où ils croient que l’omnipraticien sait, sans se prendre soi-même pour le dépositaire de ce savoir. De même qu’en analyse le thérapeute peut « prêter son outils à penser » de même, en travail corporel nous pouvons prêter notre outil à sentir ; non parce qu’il est meilleur que celui du patient mais pour lui permettre de trouver le sien. Au fur et à mesure que le patient trouve ses propres réponses la peur du thérapeute omnipotent diminue.
 
 
Peur de la survenue des émotions et d’être débordé par celles-ci. C’est une peur récurrente que nous rencontrons chez une grande majorité de patients, particulièrement en début de thérapie. Dès que je la descelle je tente par une explication simple d’entamer le processus de désamorçage de cette croyance. Je sais pertinemment que les explications intellectuelles sont loin d’être suffisantes pour changer une opinion mais l’expérience montre qu’expliquer les événements psychiques permet de mieux les vivre. Les émotions sont des phénomènes naturels.
 
J’explique donc, quasiment dans les termes ci-dessous, qu’une émotion est une chance. C’est une manifestation qui montre qu’il y a un accord entre quelque chose de psychique (souvenirs, pensées…) et notre corps physique (chaleur, tremblements, pleurs…). Notre corps exprime quelque chose de notre vie intime ; ainsi plutôt que de laisser une pression intérieure enfler, l’émotion sert de soupape de sécurité. Elle fait baisser la pression. Et j’invite le patient à se souvenir de l’état de détente et de relâchement qu’il a vécu suite à des pleurs ou l’expression d’une intense émotion. Quasiment tous mes patients et élèves acquiescent. Là commence à germer la sécurité.
Après avoir expliquer il s’agit de donner du sens. Les émotions sont utiles. Et selon les situations j’explique que la joie est une émotion qui nous porte vers les autres et la communication, la tristesse est un replis sur soi, une façon de s’économiser pour reprendre des forces ; la colère sert à défendre son territoire ; la peur sert à éviter le danger… Il est donc sain et légitime de pouvoir  exprimer ses émotions…
 
Bien sûr ces éclaircissements  ne sont pas suffisants. Ils se situent sur un plan intellectuel. Il faudra que petit à petit ce savoir s’incarne. Reste la question de l’intensité émotionnelle. Celle-ci ne risque t’elle pas de submerger ? Là, le mental ne sert plus à rien. Seule l’expérience peut apporter une réponse satisfaisante. Lorsque je perçois chez un patient une montée émotionnelle, calmement je l’invite à « laisser venir » à « continuer à vivre pleinement ce qui se passe et à en parler en même temps ». Je fais sentir que je suis parfaitement calme et stable ; pleinement dans l’empathie tout en posant un regard distancié sur ce qui se passe. J’invite donc la personne à être à la fois et dans le même temps actrice (en vivant l’émotion) et observatrice d’elle-même (en nommant ce qui se passe). Cette double attention est très puissante. Elle reconnaît et valide l’expérience, tout en permettant de prendre de la distance. Elle rend la personne maîtresse de ce qui se passe en elle.
Avec ce procédé, je n’ai jamais rencontré une seule personne, même très dans l’émotivité, qui se soit sentie dépassée par ses montées émotionnelles. Cette double attention, accompagnée par la stabilité emphatique du thérapeute donne la preuve indiscutable que ce qui sort de nous ne peut pas être mauvais. C’est le garder qui étouffe. Toutes celles et ceux qui ont vécu cela ne me posent plus jamais la question : « Que peut-il se passer si je suis débordé par mes émotions ? »
 
Peur du corps. Nos pratiques somato thérapeutiques impliquent le corps. Mais quel corps ? Si nous écoutons au-delà des mots, si nous discernons le sens de ce qui se dit et ne se dit pas, si nous portons notre attention au-delà des faits, aux dynamiques en œuvre, très vite, nous constatons qu’il est autant de corps que de personnes et autant de corps que d’événements ou de situations. Il est des personnes qui parlent de leurs vécus corporels en se centrant sur les relations, d’autres sont attentifs aux sensations de leurs organes internes, d’autres à leur enveloppe… Certaines parlent de leur corps comme d’un instrument d’hédonisme, d’autres de leur corps émotionnel, d’autres de leur corps relationnel, de leur corps social, d’autres expérimentent, mentalisent… Il est autant de corps que d’individus. N’enfermons donc pas nos pratiques dans des théories et apprenons à naviguer dans cette biodiversité psychique.
Ce préalable effectué, il est vrai que nous n’avons jamais appris le langage corporel. L’école nous demande de savoir, lire, compter, parler (quand c’est autorisé)… Tout cela en gardant notre corps immobile. Celui-ci ne peut s’exprimer de façon codifiée et contrôlé que dans le sport ou quelques activités artistiques.
Le Massage Sensitif* invite à une Libre Expression Corporelle. Il ne s’agit pas d’une expression corporelle qui cherche à faire dire au corps ce que nous pourrions exprimer par des mots, pas non plus une expression artistique qui  utiliserait un vocabulaire connu et une syntaxe codifiée. La Libre Expression Corporelle, en Massage Sensitif  laisse le conscient et l’inconscient du patient prendre la parole. Inconscient personnel qui construit son langage autour des expériences sensorielles de la vie individuelle et inconscient collectif qui s’exprime par le truchement des habitudes sociales. Selon un des principes clef de la psychanalyse, notre passé éclaire notre présent. Notre corps est porteur de toutes nos expériences, son langage peut ainsi nous révéler le sens de nos fonctionnements. Mais le Massage Sensitif dispose aussi d’une autre fonction tout aussi importante. Lieu de nos expériences notre corps nous permet de mettre en œuvre le changement. Et souvent notre corps anticipe ce qui s’élabore progressivement en nous. Son langage, plus archaïque que celui de la parole, est plus direct. Nos mouvements et étirements parlent de nos tendances actuelles et passées et dans la Libre Expression Corporelle, l’exploration de nouveaux espaces nous projette vers le futur.
Ainsi notre corps réel (non le fantasmé) est au centre de la thérapie. C’est par son intermédiaire que nous entrons en relation et que nous vivons nos diverses expériences. Il importe donc que patients et thérapeutes apprennent à décrypter son langage. Notre corps ne nous trahit pas. Il n’y a pas plus fidèle. Et la peur de ce compagnon de tous les instants n’est pas justifiée.
 
 
Peur du changement. Nous touchons là à une appréhension en général plus inconsciente que les peurs précédemment visitées. Rappelons à cette occasion que les réticences (peurs de ce que l’on risque de découvrir, de ce que va voir le thérapeute, de la venue d’émotions, peur du corps…) sont des émotions relativement conscientes tandis que les résistances sont à classer parmi les freins inconscients.
Ce n’est pas parce qu’un patient affirme dans sa demande vouloir changer qu’il est prêt à rénover sa vie. L’expérience montre que face à des difficultés les humains aimeraient que les situations pour lesquelles ils consultent changent et que le monde s’adapte à eux. La thérapie ne fait pas directement changer la société mais elle peut aider l’individu à changer son regard sur le monde. Nous fonctionnons comme des poules dans leur enclos qui regarderaient l’éleveur approcher et plaindraient ce dernier parce qu’il est enfermé derrière un grillage ; ou comme d’autres gallinacés qui par allers retours piétineraient le long de la clôture sans voir qu’à un mètre, une porte est ouverte pour sortir. Nous sommes souvent dans des compulsions de répétitions qui nous empêchent d’entr’apercevoir l’éventail des solutions qui s’offrent à nous. Il est plus facile de rejouer la même histoire plutôt que d’en inventer une nouvelle.
Un des plus grand frein à la réussite d’une thérapie est la peur de l’inconnu. Je confronte souvent mes patients qui veulent quitter une situation par la question : « pour aller où ? ». Car « s’il n’y a pas de vent favorable à celui qui ne sait pas où il va » (Confucius). Les solutions ne sont pas de fuir une situation mais de se diriger vers un avenir choisi.
Nombres de patients se plaignent, en considérant qu’ils ont été déterminés par leur petite enfance, leur mère trop présente, trop douce, pas assez… mère, leur père pas assez présent, trop exigent, pas assez… père. Leur passé explique pourquoi ils tournent en rond aujourd’hui… Changer, aller dans une direction choisie par eux, leur semble inconcevable. Dans la majorité des cas, changer réveille la peur de l’inconnu.
Pour lutter contre cet ennemi à la thérapie j’ai mis en place une stratégie qui consiste à remplacer la peur par le plaisir de la découverte. Se connecter à l’enthousiasme du petit enfant, qui, lorsqu’il se sent en sécurité, s’ouvre à tous les possibles. Il s’agit de permettre à la pulsion de vie de s’écouler naturellement.
J’invite le patient à considérer l’inconnu qui est en lui comme une opportunité puis comme un allié, enfin à le remplacer par l’Un connu. L’être unique qui est en lui et que lui seul connaît. Nous souffrons d’une vision limitée de l’inconscient, puit de fanges refoulées, inavouables et dangereuses. Pourquoi ne pas considérer celui-ci avec compassion et humour ! L’humour nous invite à voir le monde différemment. Si nous nous amusons de nos réactions nous ne pouvons plus en avoir peur.
 
Marianne, 60 ans, souffrait d’une profonde mésestime d’elle-même. La retraite approchait et elle se trouvait devant un vide. La vie était finie. A force de travail elle avait obtenu un poste passionnant et une situation confortable. Mais cela allait se terminer. Elle se remémorait la petite fille de cinq ans peignant avec ses doigts et de la terre des animaux sur des pierres. Elle imitait ses lointains ancêtres qui dans les grottes créaient les premières fresques. Tout à la joie de son ouvrage elle entendit sa mère lui dire « mais fait donc attention, arrêtes de te salir. On ne fera jamais rien de toi » Toute sa vie elle avait luté pour donner tord à sa mère, mais maintenant que ce qu’elle avait édifié s’échappait elle se retrouvait petite fille de cinq ans. Il fallu de nombreux mois pour que l’estime d’elle-même se reconstruise autrement qu’étayée sur des activités professionnelles. Sur elle en tant que personne. C’est en contactant le bonheur de l’enfant qui, comme un petit dieu (enthousiasme peut être traduit par petit des dieux) créait avec de la terre qu’elle transforma sa vision du futur. Les années à venir au lieu de présenter le vide offraient une magnifique opportunité de peindre et de créer.
 
Transformons notre conception et nous transformons le monde dit le philosophe. Bon nombre de nos patients se trouvent dans des situations de dépendances inextricables. Ils ne peuvent pas changer leur patron, leur métier, leurs enfants… Mais ils peuvent toujours porter un autre regard sur leurs situations. Le réel est le réel ; mais en changeant de point de vue ils changent leurs réalités et ainsi deviennent libres. Invitons donc nos patients à porter des regards multiples sur les situations qu’ils traversent et à rencontrer leur Un connu avec enthousiasme.
 
 
 
 
 
 
Chez le THÉRAPEUTE
 
Le thérapeute n’est pas exempt de certaines peurs. Certes, son propre travail thérapeutique personnel devrait le mettre à l’abris de celles que nous avons décrite chez le patient mais il en est certaines plus en lien avec sa pratique professionnelle et son expérience.
 
Vais-je être à la hauteur ? Une grande inquiétude de certains thérapeutes, surtout débutants, est de savoir s’ils seront au niveau de leurs idéaux et / ou de leurs patients. En fait ce sont de faux problèmes.
L’idéal du thérapeute ne sera jamais celui du patient. Et la thérapie n’est pas un schéma parfait reproductible de développement. Il faut mettre en oeuvre suffisamment d’humilité pour accepter que la thérapie nous échappe. L’efficacité d’une thérapie ne s’évalue pas plus par rapport à une théorie que par rapport à l’idéal du moi ou du moi idéal du thérapeute. Seul le patient peut dire si le chemin qu’il parcourt lui permet d’être plus en accord avec lui-même et avec les autres. Il n’y a ni « sommets » de compréhension ni « profondeur » de travail types. Il n’y a que des adaptations.
Etre à la hauteur de son patient est la deuxième erreur. L’école et la société nous apprennent à nous évaluer par rapport à des savoirs et par rapport aux autres. Il faut changer de modèle. La thérapie n’est pas une compétition. Le thérapeute n’est pas un joueur de tennis et le patient son adversaire. L’adversaire du patient c’est lui-même. Il doit donc trouver en face de lui un mur neutre et raisonnablement solide, à même de lui retourner les balles qu’il envoie. Un mur qui réagirait intentionnellement pour obtenir tel ou tel résultat ne respecterait pas le patient. Si l’on change de métaphore et que l’on envisage le thérapeute comme une psyché, le thérapeute / miroir ne doit pas être déformant. Il doit être suffisamment mobile pour que le patient puisse s’y mirer sous ses différents aspects. Quel que soit le niveau intellectuel ou social du patient le thérapeute n’est pas en compétition. Pas plus qu’il n’est en compétition avec lui-même et dans l’application de ses savoirs.
 
Des thérapeutes pour exercer cherchent, avant de recevoir, à se centrer. Ils utilisent pour cela différentes techniques. Cela dénote un sérieux dans leur préparation, une belle estime de leurs responsabilités. Mais ne font-ils pas fausse route ? En effet, être centré revient à voir le monde de l’intérieur de soi. Donc d’une façon déformée. La nôtre. Pourquoi celle du patient ou d’autres encore ne seraient-elles pas plus adaptées ? Savoir se décentrer n’est-il pas plus utile ?
 
Décentrons nous, manions le paradoxe et nous serons toujours « à la bonne hauteur ».
 
Vais-je supporter ce que le patient va exprimer ? Cette crainte se rencontre surtout chez les thérapeutes dont le travail personnel n’est pas suffisamment avancé. En effet, elle correspond à la peur de survenue d’émotions (envisagée plus haut).
Elle s’appuie sur deux erreurs. Premièrement c’est une peur qui appréhende un objet sans qu’il soit présent. Deuxièmement elle confond parole et acte. En effet on peut tout dire (du moins dans le cabinet du thérapeute) sans passer à l’action. Une parole ne devient acte que chez le juge. En effet les décisions d’un juge sont exécutoires. Il n’en est pas de même de celles du patient qui, au contraire, est invité à exprimer tout ce qui lui vient, sans jugement. Exprimer ses fantasmes c’est mettre en lumière une partie de son psychisme ; cette expression libère et peut justement éviter des passages à l’acte. Le thérapeute n’a pas à confondre ce qui est dit avec ce qui est fait. Le patient par la parole se libère pour éviter de passer à l’acte et pour passer à l’action dans sa vie.
 
La résolution consiste à effectuer le même type de travail que celui du patient.
 
Comment vais-je réagir à son transfert et à mon contre-transfert ?
 Ce désarroi signale une anticipation théorique. La plupart des jeunes thérapeutes posent de nombreuses questions autour du transfert et du contre-transfert. Les explications théoriques sont faciles à donner mais chacun ressent bien qu’elles sont insuffisantes. La question revient quelques temps après. Seule la confrontation directe à ces phénomènes naturels permet de passer des concepts à des objets incarnés.
L’activité thérapeutique personnelle et la supervision individuelle ou de groupe peuvent seules apporter des éclairages satisfaisants à ces concepts clefs. On n’apprend pas la vie dans les livres.
 
 
 
 
 
 
MÊME PAS PEUR !
 
Il ne s’agit pas de jouer à l’enfant et de remplacer la peur, par l’inconscience, le déni ou tout autre mécanisme de défense. Nous avons vu que la peur a pour fonction d’éviter le danger. En ce sens elle est « diablement » utile.
Considérons une progression qui va de l’émotion la moins envahissante à la plus difficilement contrôlable :
Nous avons tout d’abord la crainte qui est une appréhension face à un objet imaginaire.
Puis la peur qui est capable de repérer ce qui provoque cette émotion.
La frayeur est une peur intense qui surgit brusquement. Lui est associée la surprise.
Vient ensuite l’effroi ; l’objet est toujours réel ou imaginaire et accompagné de violentes réactions corporelles.
Avec l’angoisse nous passons à un autre registre. L’objet est interne et inconscient
 
Prudence sans témérité. Pourquoi vouloir a tout pris se libérer de la peur ? La peur nous informe et nous protège. De même que le trac peut être nécessaire à l’artiste qui va se produire sur scène, de même la peur peut mettre nos sens en éveil, mobiliser notre tonicité et nos potentialités.
Plaisir de la découverte. Et si nous remplacions la peur par le ravissement d’explorer des mondes nouveaux !
 
 
 
 
* Massage Sensitif : Méthode psycho – somato – thérapeutique mise au point par Claude Camilli.
 
 
Jean-Dominique LARMET
Formateur de thérapeutes en Massage Sensitif.

CONFIANCE en SOI et SECURITÉ

CONFIANCE en SOI et SECURITÉ
 
Vers une CONFIANCE FONDAMENTALE
 Pourquoi sommes-nous si inégaux en ce domaine ? Quoi qu’il arrive, des personnes véhiculent une telle confiance en la vie qu’elles semblent pouvoir affronter sans risques tous les orages et tous les tsunamis de l’existence. Une bonne étoile toujours les accompagne et les événements difficiles ne sont jamais des obstacles insurmontables.
La psychanalyse nous invite à considérer que cette solidité fondamentale s’élabore durant les premiers mois de la vie autour de ce que Donald W Winnicott  nomme la constellation mère-bébé. Le sentiment d’habiter son corps est intimement lié à la capacité d’être en contact avec la réalité et la mère suffisamment bonne mène son enfant vers l’autonomie. Elle offre force, certitude, confiance et joue le rôle protecteur de pare-excitation, permettant au petit humain de se constituer des enveloppes psychiques protectrices. Même les douleurs physiques inhérentes à la condition humaine (coliques, dents qui poussent…) peuvent être vécues non comme des agressions mais être traversées avec la confiance en des jours meilleurs.
Lorsqu’il y a défaut dans cette relation primitive le massage de bien-être peut jouer le rôle de re-maternage et, comme le développe Claude Camilli, réparer les dettes en toucher.
 
EFFETS sur le MASSÉ
Comment agit le massage ? Un geste lent, plein, précis et bienveillant permet au massé de mettre en relation son schéma corporel (la perception de son corps vécu de l’intérieur) à l’image qu’il a de lui-même (représentation physique, sociale, relationnelle…) Le massage de bien-être permet d’habiter pleinement son corps tout en considérant la réalité. Cet accord est fondamentalement sécurisant. En effet, rien n’est plus perturbant que l’incohérence, rien n’est plus douloureux que le manque de sens.
Le massage, lorsqu’il comporte des qualités de précision, de respect, de bienveillance, en proposant une sensation d’unité au corps humain, apporte cohérence. Cohérence entre nos propres ressentis et l’image que nous avons de nous-mêmes et cohérence entre soi-même et le monde. En effet, lors de l’état de relaxation produit par ce toucher, le masseur devient le monde qui nous accueille à la vie avec bienveillance. Il est le tiers qui facilite la relation entre soi-même et l’Univers.
Cohérence intrapsychique donc ainsi que cohérence et sécurité relationnelle. Cet accord est, par voie de conséquence, porteur de sens. Le massé, dont le corps est harmonisé, énergétisé et accueilli inconditionnellement se retrouve dans la position du petit bébé qui peut puiser sa sécurité dans une relation confiante avec sa mère. Cette régression n’a rien de pathologique. C’est un court retour en arrière qui permet de mieux s’appuyer sur des bases solides, afin de retourner vers l’action avec un enthousiasme renouvelé. La confiance en soi et au monde en est grandi. Ainsi agit le Massage Sensitif® dans ses applications de Bien-être, véritable reconstruction et tremplin vers plus de bonheur.
 
QU’EN EST-IL du MASSEUR ?
La confiance du petit d’homme s’étaye donc sur la stabilité et la confiance qu’à sa mère en la vie. Le bébé doit être en sécurité lorsqu’il est porté et, petit-à-petit, la sécurité s’installera en lui et persistera même lorsque sa mère devra s’absenter. Il l’aura fait sienne. Il en est de même du masseur.
Sur le plan technique sa stabilité doit d’abord être physique. Il doit s’exercer à se sentir bien ancré au sol, parfaitement stable sur ses deux pieds, sa colonne vertébrale verticale sans rigidité, mobile aussi pour des déplacements fluides et harmonieux. Tout son corps participe au massage de manière cohérente.
Cette stabilité physique se travaille mais elle est aussi le reflet de son attitude intérieure. Bon nombre de thérapies et de méthodes de bien-être valorisent l’importance de la confiance en soi. Mais il y a parfois une compréhension incomplète dans cette recherche.
Le renforcement du Moi, instance nous permettant de gérer les conflits intrapsychiques et de faciliter notre adaptation aux réalités du monde n’est qu’un moyen pour se sentir plus en confiance. Ce n’est pas un but en soi. Sinon la démarche consiste vite à sur-dimensionner l’égo, nous entraînant vers une nouvelle dysharmonie. L’hyper confiance devient une nouvelle illusion tout autant pathologique que le manque de confiance. La personne se sclérose dans des certitudes, elle est convaincu de savoir ce qui est bon pour l’autre et entre en compétition avec les autres. Pour exister il lui faut être plus que l’autre.
Le masseur qui doute de ses gestes amène du doute dans la relation avec son client, celui qui est certain de savoir ce qui est bon pour son massé ne peut se mettre réellement à l’écoute de ce dernier.
Etre individué c’est être soi-même, mais soi-même en relation avec les autres, c’est- à- dire, les écouter, les respecter.
 
Les FILS de SOIE de la RELATION.
L’araignée, lorsqu’elle tisse sa toile tend des fils invisibles, fins, délicats et solides. Lorsqu’au matin, les rayons du soleil viennent effleurer les gouttelettes de rosée qui s’y sont prises, nous découvrons toute l’harmonie de la toile.
De même, la relation est chose délicate et solide. Elle demande à être tissée avec des fils de Soi. Ce Soi dont Jung a pu dire que c’est Dieu en nous. Etre Soi-même n’est pas un développement de l’égo mais un accueil de l’amour. Se sentir en lien avec les autres, à la fois libre et attaché à eux par des fils de soie, les fils du Soi, nous permet d’entrer dans le partage et l’amour. La lutte de l’égo épuise. L’amour inconditionnel nourrit.
C’est l’amour de notre mère qui a construit notre confiance en nous-mêmes. C’est la relation d’acceptation pleine et entière par le masseur qui permet au massé de contacter, en lui l’équilibre et l’harmonie, la stabilité et la confiance.
Cet amour n’est pas génital, ce n’est pas un amour de manque, de substitution, de remplacement… C’est l’accueil de la pulsion de vie dans notre corps que nous permet le Massage Sensitif®.
Jean-Dominique LARMET

Massage Sensitif® thérapie humaniste
ou médecine du corps et de l’âme ?

Massage Sensitif® thérapie humaniste
ou médecine du corps et de l’âme ?
 
J’ai été élevée dans la religion catholique. Tous les matins, je devais emmener ma grand-mère à la messe. J’ai appris à aimer la prière, l’église, les chants, les rituels. Mais cela m’était insuffisant. Où trouver l’esprit « vivant » ?
La pratique spirituelle implique d’explorer qui nous sommes fondamentalement. C’est une recherche de notre nature essentielle. La réalisation directe et expérimentale de notre « vraie nature » est une caractéristique importante des traditions contemplatives orientales. Chacun de nous peut découvrir quelque chose de grand qui se trouve en lui. Les mythes grecs ne prétendaient-ils pas que la partie divine était cachée dans l’homme lui-même, là où il penserait le moins à aller la chercher.
Ce discours, très «nouvel âge» semble bien éloigné d’une approche psychanalytique. Dans l’avenir d’une illusion Freud développe la thèse d’un mysticisme pathologique constituant une fuite des réalités. Mais en est-il seulement ainsi ? La thérapie est moins une histoire de diagnostic ou de remède, qu’une pratique qui, par « l’écoute en miroir », offre la possibilité de développer une nouvelle sorte de relation vivante à sa propre expérience.
Quelles portes pousser ? Quelles méthodes offrent les meilleures réponses aux maux de l’âme ? Je compris que le travail psychologique tout autant que la pratique spirituelle étaient tous deux nécessaires et qu’un seul chemin ne serait pas suffisant pour m’aider à améliorer ma vie.
 
En m’appuyant sur les cas de personnes reçues, je propose d’explorer plus avant
1°) en quoi le Maïeutage, qui est « le cœur philosophique » du Massage Sensitif, dépasse l’apparente dichotomie psychanalyse / spiritualité.
2°) et comment la communication par le corps évite les risques de fuite hors du réel.
 
Prenons la précaution de signaler que nous ne savons pas, et ne saurons jamais ce que les adeptes de la spiritualité et les partisans de la psychanalyse seraient devenus s’ils n’avaient pas suivi la démarche qu’ils ont respectivement choisie. Ceux qui prétendent que les mal-êtres et déséquilibres de leurs adeptes respectifs prouvent leurs inefficacités oublient de considérer que sans ces pratiques ils seraient peut-être encore plus mal en point.
 
JEAN-MARC ou le TOUT SPIRITUEL
Le cas de Jean-Marc illustre comment un enseignement et une pratique spirituelle peuvent renforcer les défenses psychologiques.
Jean-Marc, 58 ans, divorcé, 2 enfants, doté d’une grande générosité pratique le bouddhisme depuis plus de vingt ans. A 12 ans il est mis en pension chez des inconnus. Il quitte l’école tôt Embauché par une grande entreprise, il gravit les échelons un à un ; ses compétences sont unanimement reconnues. Jean-Marc considère que son évolution au sein de la compagnie est due à ses orientations spirituelles. Celles-ci lui permettant d’être plus juste et en harmonie avec les autres. Il se consacre de plus en plus à son travail. Son patron, lui propose le poste de directeur des ressources humaines. Compte tenu de son cursus à l’intérieur de la société, il conserve une grande proximité avec les salariés qui voient en lui un des leurs.
Pendant deux ans, tout se passe pour le mieux, il maîtrise le poste et il s’y sent bien. Arrive une période de turbulences. La société doit restructurer. La mise en place des plans de réorganisation et de licenciements est pour Jean-Marc source d’angoisses, d’inquiétudes, d’insomnies et de douleurs physiques. Il essaie de faire face à sa détresse en priant et en méditant davantage. Cette pratique lui procure un peu de calme et de sérénité lorsqu’il est chez lui.
Mais ce plan social met Jean-Marc dans une situation psychologique intenable : la proximité qu’il entretenait avec les salariés était sa fierté. Elle devient désormais son plus gros handicap. Le plan social terminé, et sa conjointe partie, Jean-Marc est psychologiquement en lambeaux. Souhaitant retrouver une assise plus stable, il décide de consulter. Après 12 mois d’un travail régulier Jean-Marc a trouvé un nouvel équilibre.
 
La spiritualité apportait du sens à sa vie. L’approche psychanalytique, en allant fouiller son passé a mis a nu ses fonctionnements et permit une réorganisation psychique. L’expérimentation de la Libre Expression Corporelle, en nourrissant son enfant intérieur participa au recouvrement de son équilibre.
A quoi bon chercher à vivre comme un ange si, au préalable, nous ne reconnaissons pas nos faiblesses humaines. La spiritualité peut grandement aider l’âme humaine à s’élever. Mais celle-ci ne décollera jamais vraiment si elle ne se soumet pas à la « moulinette » de la psychologie des profondeurs et à la confrontation d’avec ses ombres.

MARIE-PIERRE ou le TOUT PSYCHANALYTIQUE
Marie-Pierre, 62 ans, mariée, 3 enfants, retraitée, 6 ans institutrice puis infirmière. Changement professionnel du à des difficultés de communication avec les parents d élèves. Elle est sujette à des problèmes de fibromes et de kystes aux ovaires. Pensant que ses différents soucis sont de nature psychologique, elle décide de voir un psychothérapeute. Par ailleurs elle souffre aussi de constipation, de ballonnements et de lourdeurs d’estomac.
Marie-Pierre perdit sa mère à l’âge de 5 ans. Son père la battait régulièrement ; son ventre était régulièrement touché. A l’adolescence, elle est amoureuse d’un garçon de son âge. Son père redouble de violence, particulièrement sur son ventre avec une ceinture. Lors d’une fête de Noël son ex mari se présente avec un fusil pour la tuer. Il tire. Elle est atteinte au ventre : plus d’un mois d’hôpital. Viennent ensuite, infections nosocomiales, cinq anesthésies générales, mauvaise cicatrisation… Au final, une vilaine cicatrice violette lui ceinture le ventre dit-elle.
 Marie-Pierre se reconnaît frigide et comédienne. Sa vie est jalonnée de différends, avec les collègues de son mari, les membres de sa famille… Après 5 ans d’analyse, elle a conscience de  rechercher en permanence le conflit, d’imposer ses points de vue au détriment des autres et que ce qu’elle reprochait à son entourage venait d’elle malgré elle. Marie-Pierre estime que cette thérapie ne lui a pas permis de changer et, rejouant un scénario semblable, reproche cela à son analyste.
Je reçus Marie-Pierre pendant dix séances. Elle n’a pas voulu s’engager plus. Dès la première, elle trouve un début de sérénité, accède à une grande détente. Lors de la deuxième, elle me fait part que pendant la période écoulée entre les deux séances elle a compris énormément de choses sur elle. Des choses qui étaient impensables avant. Son attitude avait mis son couple dans une situation délicate, Marie-Pierre réussi à écrire à son mari et éviter la rupture. Bien que son père soit décédé, elle continuait à le craindre. Pour la première fois j’ai le sentiment de ne plus avoir peur de lui. Et entre chaque séance des changements s’installent.
 
Ce cas illustre le fait que la compréhension de nos propres fonctionnements n’est pas suffisante pour trouver la paix et le bien-être. Nous sommes le fruit de notre histoire, de celles de nos parents. Se souvenir, élaborer, expliquer, ne soigne pas l’Etre.
 Grâce à l’approche corporelle Marie-Pierre a pu faire le trait d’union entre la compréhension intellectuelle de ses fonctionnements et l’amertume de sa vie psychique. Comment vivre en terrain aride ? Savoir pourquoi nous subissons la sécheresse ne rend pas la nature luxuriante.
Entre le tout spirituel qui apporte du sens en aidant à se projeter dans l’avenir et le tout psychanalytique, qui propose de la compréhension, mais nous laisse fixé au passé, le corps ne peut-il pas offrir une autre voie de salut ? Un corps qui ne se replierait ni dans le passé ni dans l’Ici et Maintenant mais serait porteur de histoire tout en nous ouvrant vers des avenirs meilleurs.
 
 
AUDE, UN CHEMIN VERS L’ÉQUILIBRE
Aude 38 ans,  enseignante, mariée, 2 enfants, catholique croyante et pratiquante. Elle a suivi pendant 2 ans une psychothérapie aux alentours de sa 14ème année. Elle y a mis un terme par manque de conviction. Elle vient consulter, sur le conseil de sa mère, parce qu’elle est à bout de souffle… Ca ne va pas… Elle est mal dans sa peau, n’a pas le moral. On vient de lui découvrir un lupus très douloureux.
Les cinq premières séances de Massage Sensitif lui redonnèrent confiance en elle. Des portes commencent à s’ouvrir. Elle se sentait mieux, les douleurs étaient moins vives. Cependant, en fin de séance,  Aude ne donnait jamais son ressenti, elle n’établissait pas de lien. C’était au cours de la séance suivante qu’elle parlait de son vécu de la séance précédente. Etre touchée comme vous le faites m’aide à libérer des émotions longtemps enfouies. Elle commença à bouger lors des massages. De petits gestes très lents, presque des frémissements venant de l’intérieur de son corps. Comme si celui-ci prenait progressivement vie. Mais toujours aucun lien entre les phases verbale et non verbale. La relation de confiance entre le patient et le thérapeute s’installait lentement.
Après quelques améliorations, Aude contacta une situation existentielle angoissante. La peur de mourir la taraudait. Son manque de confiance en elle la faisait douter de tout. Après toutes ces années j’ai une image de moi tellement négative que ma confiance en mes possibilités est ébranlée. Je ne vois pas par quel moyen je pourrai régler mes problèmes. Ce phénomène de «recul» est régulièrement constaté pendant une thérapie. Comme si le patient inquiet de ses propres changements avait besoin de revenir quelques temps en arrière pour mieux assurer ses progrès à venir.
Elle comprit que ce qui l’avait amenée au stade où elle se trouvait aujourd’hui était son fonctionnement de victime et le fait de se rendre malade pour avoir le regard de l’autre.
Le toucher Sensitif aidait également Aude à se libérer de la peur de la mort. Comme si le contact corporel permettait de reprendre pied dans la vie. Au bout de 5 mois Aude respirait plus profondément et se mobilisait intensément, reflets de ses changements psychiques. Je sens que « ça » bouge à l’intérieur… Elle pleure, a peur de tomber, me prend par le cou. Je l’accueille. Ne suis-je pas cette bonne mère qui lui a tant manquée ?
Après le massage elle me dit qu’elle ressent de l’apaisement. Cet apaisement ira croissant au fils des mois. Merveille de ce toucher, « réparateur des dettes en toucher. »
Le lupus a disparu. Aude développe un discours positif. Ca va mieux, j’arrive mieux à gérer mon temps, je me suis inscrite à un cours de peinture. Je n’ai plus envie de faire pitié, mon mari a changé, il m’aide, je me rends compte que je voulais tout faire à la maison pour montrer que je suis une bonne personne et obtenir de la reconnaissance… J’avais besoin qu’on s’occupe de moi. Il n’y a plus de raison pour en vouloir à ma mère. Elle agit comme si elle choisissait librement d’intégrer un surmoi et des idéaux parentaux qu’elle subissait jusqu’alors. Etre individué ne consiste pas forcément à tracer seul une route nouvelle mais à utiliser en toute conscience ce qui a pu nous constituer.
 
Aude, jeune, a connu un travail psychothérapeutique verbal. Catholique pratiquante elle était sensible à une dimension spirituelle de l’existence. Ses angoisses (questionnements sur la mort et le sens de la vie) peuvent être d’ordre métaphysique et ses difficultés (affirmation de soi…) d’ordre psychologique et relationnel. Elle ne trouvait ni paix, ni réponse vraiment satisfaisante dans la seule approche psychologique et dans sa pratique spirituelle. Par contre, la prise en compte des deux par le truchement de l’approche corporelle lui a permis d’établir des ponts entre les différents domaines de son existence et de trouver un équilibre porteur de la pulsion de vie.
 
 
 
CONCLUSION
Bien que la somatothérapie en « Massage Sensitif », partie intégrante de la Méthode Camilli, ne soit pas une pratique spirituelle, cet Art du toucher m’aide à donner un sens à l’ensemble mon action thérapeutique.
La démarche analytique constitue une force essentielle pour la compréhension de notre histoire et de nos fonctionnements psychiques.
La démarche spirituelle cherche à percer notre raison d’être sur la Terre et notre devenir possible.
Le Massage Sensitif m’a tendu une clé. La dynamique dont nous avons besoin est celle qui réunit les deux moitiés de notre nature qui n’ont pas été cultivées de la même manière en Orient et en Occident.
La pratique spirituelle peut être une fuite si elle est coupée de l’expérience de la vie personnelle. L’appesantissement sur notre passé et la plainte sont inutiles s’ils nous coupent d’une réalisation spirituelle. En nous aidant à explorer la relation entre les deux aspects personnel et spirituel de notre nature, ce dialogue Occident / Orient peut éclairer et mettre en lumière des connections essentielles à l’harmonie de l’être humain.
Le travail psychologique peut amener à l’ouverture du cœur, mais l’éveil total de ce cœur exige l’abandon le plus complet, que l’on découvre à travers la réalisation spirituelle et la méditation. La psychanalyse et la pratique spirituelle peuvent s’allier pour aider les personnes à s’ouvrir, à s’éveiller, à être ce qu’elles sont.
 
Notre corps est l’incontournable médiateur de notre chemin d’individuation. Ecouter son langage, c’est permettre l’expression de nos ombres à analyser et de nos lumières à méditer et à faire grandir. Le Massage Sensitif possède deux aspects principaux :
1°) Il est révélateur de nos fonctionnements et s’appuie sur des fondements analytiques ; il regarde alors vers le passé en tentant de Faire Le Point d’où en est la personne et de Prendre Du Recul par rapport à cette position afin de comprendre nos fonctionnements.
2°) Il porte aussi en lui des valeurs profondément humanistes, la foi que le changement est possible. Il se tourne donc aussi vers le futur en offrant des outils de création d’un avenir choisi : l’expérimentation corporelle en milieu protégé permet de Faire des choix pour savoir Quoi Faire Avec.
Profondément humaniste, la somatothérapie en Massage Sensitif aide les personnes à se mettre à l’écoute de leurs expériences intérieures et ouvre des perspectives qui permettent de changer et d’évoluer.
 
Suzanne MEDOC
Somatothérapeute à La Réunion.